À l’occasion du Joli Mois de l’Europe, qui célèbre chaque année l’Union européenne et ses valeurs, Andrew Glencross, directeur d’ESPOL, répond à cinq questions que l’on ne se pose pas toujours sur l’Europe… mais auxquelles il est essentiel de répondre pour mieux comprendre le fonctionnement de l’Union européenne aujourd’hui.
Joli Mois de l’Europe : entretien avec Andrew Glencross, directeur d’ESPOL
Pourquoi certains pays n’ont-ils pas adopté l’euro ?
Aujourd’hui, 21 des 27 États membres de l’Union européenne utilisent l’euro. L’écart entre les pays de la zone euro et ceux qui conservent leur monnaie nationale tend donc à se réduire.
Les six pays qui n’ont pas encore adopté l’euro partagent néanmoins une même logique : préserver une forme de souveraineté économique et monétaire. En conservant leur propre devise, ces États gardent davantage de contrôle sur leur politique monétaire et sur certains leviers économiques nationaux.
Cette décision est aussi liée à des questions d’identité nationale et d’histoire. Pour certains pays, la monnaie reste un symbole fort de souveraineté et d’attachement national. Cependant, l’Union européenne considère toujours l’adhésion à la zone euro comme un objectif à long terme pour l’ensemble de ses membres.
Pourquoi le mois de mai a-t-il été choisi pour le Joli Mois de l’Europe ?
Le mois de mai fait écho au 9 mai 1950, date de la célèbre déclaration Schuman, considérée comme l’acte fondateur de la construction européenne. À travers cette déclaration, Robert Schuman proposait de bâtir une coopération politique et économique durable entre les pays européens afin d’éviter le retour des conflits qui avaient ravagé le continent au cours du XXe siècle.
Le mois de mai représente donc une belle opportunité pour essayer de commémorer cette déclaration, les effets de celle-ci, mais aussi de mettre en lumière les nouvelles attentes qu’ont les pays et les citoyens européens autour de la construction européenne.
Pourquoi l’Union européenne n’a-t-elle pas d’armée commune ?
L’idée d’une armée européenne n’est pas nouvelle. Dès les années 1950, en pleine guerre froide, un projet de défense commune avait été envisagé. Mais il n’a finalement jamais abouti.
Aujourd’hui encore, les États membres restent attachés à leur souveraineté en matière de défense et souhaitent conserver le contrôle national des décisions de guerre et de paix. Cette volonté explique l’absence d’une véritable armée européenne intégrée.
Pour autant, la coopération militaire européenne existe bel et bien. En complément de l’OTAN, l’Union européenne développe des mécanismes de coordination, de planification et de financement dans le domaine de la défense.
Depuis le retour des tensions géopolitiques en Europe, notamment avec la guerre en Ukraine et la menace russe, cette coopération militaire européenne connaît un regain d’activité.
Pourquoi les lois européennes priment-elles sur les lois nationales ?
Le principe de primauté du droit européen signifie qu’en cas de conflit entre une règle nationale — y compris constitutionnelle — et une règle européenne, c’est le droit de l’Union européenne qui prévaut. Cette primauté est essentielle au fonctionnement même de l’Union. Sans elle, chaque État pourrait bloquer ou modifier l’application des décisions européennes selon ses propres règles nationales, ce qui empêcherait toute intégration économique, sociale ou politique cohérente. L’Union européenne repose donc sur un système juridique commun qui garantit l’application uniforme des règles dans les 27 États membres.
La Commission européenne joue un rôle central dans ce mécanisme : elle propose les textes européens et veille à leur bonne application. En cas de litige ou de non-respect du droit européen, elle peut intervenir et, si nécessaire, saisir la Cour de justice de l’Union européenne, chargée de trancher les différends.
Peut-on réellement exclure un État de l’Union européenne ?
Les traités européens ne prévoient pas d’exclusion totale d’un État membre. En revanche, l’article 7 du traité sur l’Union européenne permet de suspendre certains droits d’un pays en cas de violations graves de l’État de droit ou des principes démocratiques.
Cette procédure peut notamment conduire à la suspension du droit de vote d’un État au sein des institutions européennes. Les obligations européennes continuent toutefois de s’appliquer au pays concerné.
L’objectif de cette procédure n’est pas d’exclure définitivement un État, mais plutôt de le sanctionner afin de l’inciter à modifier certaines pratiques ou politiques jugées contraires aux valeurs fondamentales de l’Union européenne.
Question bonus… Pourquoi continuer à enseigner l’Europe ?
Pour ESPOL, enseigner l’Europe fait partie intégrante de son ADN. L’école revendique pleinement son identité européenne, à travers l’étude de l’Europe politique, mais aussi culturelle, et de cette identité européenne que l’établissement assume avec un regard à la fois engagé et critique.
L’objectif est de mieux comprendre comment la construction européenne peut apporter des réponses concrètes aux grands défis contemporains : les tensions géopolitiques, le dérèglement climatique, la protection de l’environnement ou encore les transformations liées à l’intelligence artificielle.
Dans un contexte international marqué par le retour des conflits en Europe et par des situations géopolitiques de plus en plus tendues, enseigner l’Europe permet aussi d’imaginer les solutions que l’Union européenne pourra proposer dans les années et les décennies à venir.